Alors que le gouvernement fédéral souhaite accélérer le développement de cette infrastructure majeure, certains élus et citoyens s’inquiètent des impacts possibles sur le territoire et des changements législatifs proposés pour faciliter l’acquisition de terrains.
Le réseau envisagé s’étendrait sur près de 1 000 kilomètres entre Québec et Toronto, avec des trains électriques pouvant atteindre environ 300 km/h et reliant notamment Québec, Trois-Rivières, Montréal, Ottawa et Toronto. Le projet est considéré comme l’un des plus importants chantiers d’infrastructures au pays et pourrait générer des dizaines de milliers d’emplois pendant sa construction.
Du train à grande fréquence au train à grande vitesse
Le projet actuel diffère toutefois de la proposition initiale de train à grande fréquence (TGF) portée par VIA Rail. Ce concept, présenté en 2016, visait surtout à améliorer la fiabilité et la fréquence du service grâce à des voies dédiées aux passagers, sans atteindre les vitesses d’un véritable TGV.
Depuis 2025, Ottawa a plutôt choisi de développer un train à grande vitesse, une solution plus rapide mais aussi beaucoup plus coûteuse. Le projet, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars, est actuellement en phase de co-développement entre la société d’État Alto et un consortium privé chargé d’en préciser le tracé et les caractéristiques techniques.
Un corridor à l’étude dans le sud de Lanaudière
Le 14 janvier dernier, Alto dévoilait un corridor d’étude d’environ dix kilomètres de large de Québec à Toronto. Dans la région métropolitaine, les études préliminaires évoquent un corridor potentiel qui longerait notamment les axes autoroutiers existants, dont le secteur de Mirabel et des Laurentides, afin de déterminer un tracé plus précis cet automne.
Dans Lanaudière, le passage du train ne serait envisagé qu’à une phase ultérieure du projet. Le gouvernement fédéral a indiqué vouloir commencer par le tronçon Montréal–Ottawa avant d’étendre le réseau vers l’est et l’ouest. « On veut régler la question interprovinciale avant de prolonger le trajet de chaque côté », a mentionné M. Imbleau, PDG d’Alto, en entrevue à Laval lors des consultations publiques.
Le projet de loi C-15 au cœur des préoccupations
Le débat s’est intensifié avec l’étude du projet de loi fédéral C-15, un projet de loi omnibus lié au budget qui prévoit notamment des modifications à la Loi sur l’expropriation afin d’accélérer l’acquisition de terrains pour certains grands projets d’infrastructure.
Le député bloquiste, Jean-Denis Garon, a notamment demandé au gouvernement fédéral de renoncer à ces changements et de tenir des consultations publiques complètes avec les citoyens et les agriculteurs concernés.
« Quand on exproprie, le gros bout du bâton est toujours dans les mains de celui qui veut acheter. Si on enlève les protections juridiques au vendeur, son pouvoir de négociation disparaît », s’indigne M. Garon.
Des préoccupations partagées dans les municipalités
Plusieurs élus municipaux ont également exprimé des inquiétudes quant à la méthode employée pour présenter le projet et aux impacts possibles sur les terres agricoles.
Des consultations publiques ont par ailleurs été organisées dans différentes municipalités, dont Terrebonne au début du mois de février, afin de présenter les scénarios étudiés et de recueillir les commentaires des citoyens.
Le maire Mathieu Traversy se dit déçu du processus de portes ouvertes déployé depuis le début de l’année par Alto : « Nos citoyens doivent pouvoir participer de façon réelle et significative à l’élaboration de ce projet. C’est pourquoi nous demandons des consultations publiques en bonne et due forme qui permettront aux personnes et organisations intéressées de se faire entendre et d’obtenir des réponses à leurs préoccupations. »
Même son de cloche du côté de Guillaume Tremblay, maire de Mascouche : « L’acceptabilité sociale ne se décrète pas : elle se construit à partir d’informations complètes et d’un dialogue ouvert. Plusieurs enjeux sont soulevés, notamment sur l’acquisition des terrains, les mesures de mitigation et l’intégration au milieu. Ces éléments doivent être discutés publiquement, avec des réponses claires et des ajustements possibles. »
Un projet encore en évolution
À ce stade, aucun tracé définitif n’a été arrêté et les études environnementales ainsi que les consultations devraient se poursuivre au cours des prochaines années.
Si ses promoteurs présentent le train à grande vitesse comme un projet structurant pour l’économie et la mobilité au Canada, plusieurs collectivités souhaitent néanmoins obtenir davantage de garanties quant aux impacts territoriaux et aux mécanismes d’acquisition des terrains avant que les décisions finales ne soient prises.

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