Elle en rit elle-même. La vie de joueuse de hockey a amené la Terrebonnienne d’origine à transférer ses talents dans la NCAA, aux États-Unis. Elle termine ses études cette saison à l’Université du Minnesota à Duluth. Dans le langage shakespearien, ça s’appelle la « senior year ».
La route entre la Couronne-Nord et Duluth est faite, maintenant. À savoir si toutes les valises sont défaites. Au minimum, la portière des Bulldogs peut témoigner que les manuels scolaires le sont.
Quant à la manière dont elle entreprendra le prochain calendrier scolaire, elle s’en tient au bon vieux cliché : elle le vivra une journée à la fois. Dans le même élan, elle considère que c’est important. « Je veux une place avec l’équipe nationale. C’est beau aussi les prix individuels (en NCAA), mais je veux qu’on gagne un championnat ici. »
Des accomplissements à la pelletée
De sa carrière atypique, mais tout autant poétique, c’est l’une des seules choses qui lui manque jusqu’ici. Pour rappeler les faits, Ève Gascon a été la première joueuse à enfiler les patins (bonus pour les jambières) dans le circuit M18 AAA. C’était avec le Phénix du Collège Esther-Blondin. En 2022, elle est devenue la première femme à apparaître dans une joute de la LHJMQ depuis la Boisbriannaise Charline Labonté — lors de la saison 2000-2001.
Entre-temps, avec les Patriotes du Cégep Saint-Laurent, elle a remporté le titre de division 1 du RSEQ. Depuis, elle a fait son entrée dans les circuits américains et compte notamment deux mentions sur la première équipe de sa conférence et un titre de gardienne par excellence de la NCAA. Mais bon, « je commence à être vieille pour la NCAA », dit-elle en riant.
Embarquer dans le mentorat
Pourtant, elle estime que le temps a passé vite à ses yeux — c’est souvent bon signe que les choses se déroulent bien. La gardienne occupe désormais un rôle de mentorat auprès des plus jeunes qui intègrent l’équipe cette année. Elle mentionne vouloir être une personne-ressource au sein du vestiaire. Pour sa part, cette personne était Nina Jobst-Smith, maintenant dans les rangs de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF). Gascon n’a d’ailleurs pas hésité à répondre à son nom. C’est finalement le genre d’impact qu’elle souhaite avoir au-delà des performances sportives : être reconnue comme une personne disponible et à l’écoute.
La gardienne pense également être rendue à ce stade de son parcours scolaire. Elle ne cache pas avoir d’excellentes relations avec l’équipe, dont l’entraîneure Laura Schuler. Elle a même mérité le privilège de taquiner Laura Schuler, une Ontarienne de naissance, sur son français qu’elle parle couramment.
Bien sûr, une conversation avec Ève Gascon ces jours-ci ne peut pas ignorer ses ambitions professionnelles, elle-même en parle. « N’importe où qui me prendrait, je serais contente », avoue-t-elle, bien qu’elle ne détesterait pas rester plus près de sa famille. « Ils n’ont pas pu venir très souvent à Duluth », qui demande à peu près 18 h en voiture.
Heureusement pour elle et le restant de la famille Gascon, les Bulldogs de l’Université du Minnesota à Duluth feront la route jusqu’au Vermont durant l’année. Ce sera un rare — mais si important — détour pour la famille qui, selon les mots d’Ève Gascon, aura l’une des dernières occasions de la voir.
Et comme si elle n’était jamais passée par des situations exceptionnelles, elle jouera avec le « A » la désignant assistante-capitaine pour la saison. Elle n’est pas la première à l’avoir obtenu dans les rangs universitaires — mais historiquement, les gardiens de but au hockey reçoivent (très) rarement une mention de la sorte. Mais bon, Ève Gascon n’est pas étrangère au fait de briser des barrières.

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