Rareté de logements disponibles, hausse importante du coût des loyers, insalubrité et augmentation de l’itinérance figurent parmi les constats dressés par l’Association de promotion et d’éducation en logement (APEL).
C’est du moins ce que constate Serge Gilbert, coordonnateur de l’organisme, qui accompagne quotidiennement des locataires confrontés à des difficultés grandissantes. Les dossiers se multiplient et dressent un portrait préoccupant du marché locatif.
Insalubrité des logements
Le coût des loyers a fortement augmenté au cours des dernières années et les logements disponibles se font rares. À un point tel que l’organisme conseille parfois aux locataires de ne pas quitter leur logement, même lorsqu’il présente des problèmes importants.
« Sur dix appels, six concernent l’état du logement. On parle d’insalubrité ou de travaux qui devraient être effectués », explique M. Gilbert.
L’APEL accompagne les locataires dans leurs démarches auprès du Tribunal administratif du logement (TAL), mais les délais demeurent importants.
« Les locataires sont souvent forcés de continuer à vivre dans des logements qui peuvent affecter leur santé. Quand il y a de la moisissure, par exemple, les conséquences peuvent être sérieuses. Mais ils ne savent pas où aller s’ils quittent leur logement », ajoute-t-il.
Des aînés expulsés
Depuis quelque temps, un autre phénomène préoccupe l’organisme : des personnes âgées qui perdent leur logement parce qu’elles ne sont plus en mesure d’en assumer les coûts.
« Lorsque les paiements ne suivent plus, les recours judiciaires s’enclenchent et certaines personnes se retrouvent sans solution de rechange », résume Serge Gilbert.
Cette situation échappe notamment aux protections accordées dans certains cas aux aînés, puisque les règles entourant le non-paiement du loyer demeurent différentes.
Selon l’organisme, ce type de dossier est en augmentation et représente une réalité qui était beaucoup moins présente il y a quelques années.
Itinérance et inabordabilité
L’itinérance constitue une autre conséquence de la crise actuelle.
Au-delà de l’itinérance visible, les intervenants observent aussi une augmentation de l’itinérance dite invisible : des personnes qui doivent alterner entre le domicile d’amis, de proches ou des hébergements temporaires faute de pouvoir se loger durablement.
La hausse des loyers complique davantage la situation. Selon M. Gilbert, le coût de nombreux logements dépasse désormais largement la capacité financière de plusieurs ménages.
Parallèlement, de plus en plus de projets immobiliers misent sur des logements dits « abordables intermédiaires », dont les loyers demeurent souvent élevés malgré certaines réductions par rapport au marché.
« Dans les organismes de défense des droits, on considère que cette formule ne répond pas aux besoins des ménages les plus vulnérables », soutient-il.
Plus d’AccèsLogis
L’APEL estime également que la fin du programme AccèsLogis a privé plusieurs communautés d’un outil important pour développer du logement hors marché.
« En supprimant AccèsLogis, il est devenu beaucoup plus difficile pour des organismes de créer des logements réellement abordables », affirme Serge Gilbert.
L’organisme avait lui-même travaillé à la mise sur pied de nouveaux projets d’habitation communautaire, mais les défis financiers et les coûts de construction ont freiné leur développement.
Comment sortir de cette crise?
Pour Serge Gilbert, plusieurs pistes de solution existent.
« Il faut construire davantage de logements hors marché, notamment des coopératives d’habitation et des logements gérés par des organismes à but non lucratif. Ce sont souvent les projets qui répondent le mieux aux besoins des ménages à faible ou moyen revenu. »
Selon lui, les faibles taux d’inoccupation observés dans plusieurs régions du Québec continuent d’exercer une pression importante sur les loyers et limitent les options offertes aux locataires.
Pour les personnes qui craignent de se retrouver sans logement, il recommande de communiquer rapidement avec leur office d’habitation, leur comité logement ou un organisme de défense des locataires afin de connaître les ressources disponibles.
« Nous sommes là pour accompagner les gens et les aider à trouver des solutions », conclut-il.

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